Actus Locales
Le 15-09-20

Le Nord-Isère espère accueillir prochainement un centre pour auteurs de violences conjugales

Par France Bleu Isère

C’est la députée LREM de la 8e circonscription de l’Isère qui est à l’initiative de ce projet de centre pour auteurs de violences conjugales. Elle s’inspire d’un exemple qui donne des résultats satisfaisants à Arras, dans le Pas-de-Calais.

Un an après le Grenelle contre les violences conjugales, un centre d’hébergement et de prise en charge des auteurs de violences conjugales est espéré par plusieurs acteurs du monde politique, judiciaire et associatif en Nord-Isère. Le dossier est porté par la députée LREM de la 8e circonscription Caroline Abadie.

Ce dossier a vu le jour après un appel à projet lancé cet été par le gouvernement. Le mois prochain doit être désigné le projet retenu pour la région Auvergne-Rhône-Alpes avec une inauguration le mois qui suit. Pour l’instant, un seul projet existe pour l’Isère et le dossier sera déposé en début de semaine prochaine, la date limite.

Vivre et réfléchir en groupe pour faciliter la prise de conscience

Ce projet de centre se base beaucoup sur la notion de “groupe”, de “collectif”. Pour l’hébergement, il est prévu d’accueillir dans une maison huit auteurs de violences conjugales. Ils seront deux par chambre et partageront des moments de la vie quotidienne.

Outre un suivi individuel avec des éducateurs, des psychologues, il y aura des groupes de parole. “L’idée est de les faire sortir de leur zone de confort et qu’au fil des échanges avec les autres sur le rapport homme-femme, leur rapport à la violence, etc. il y ait plus facilement prise de conscience”, indique Caroline Abadie.

Cette notion de vie en groupe, d’échanges collectifs est aussi intéressante pour Audrey Quey, procureure de la République de Vienne, qui soutient le projet comme son homologue de Bourgoin-Jallieu, Dietlind Baudoin“C’est aussi la possibilité de réfléchir à une problématique qui est commune pour l’ensemble des auteurs sans avoir de jugement à porter sur l’autre puisque finalement tout le monde est là pour la même chose. Cela permet peut être aussi de libérer la parole et la prise de conscience en entendant les autres dire des choses. Et se dire, finalement, c’est peut-être aussi mon cas et réfléchir différemment”, souligne Audrey Quey.

Un projet qui se base sur une expérience existante et positive

Un “effet miroir” qui serait efficace d’après Caroline Abadie qui s’appuie sur l’exemple du centre “le Home des Rosati” à Arras qu’elle a visité. Ce centre, qui accueille à chaque fois plus de huit locataires et ce sur plusieurs semaines, existe depuis 12 ans avec des résultats encourageants.  Le taux de récidive est de 13% contre 50% pour ce qui est de la moyenne nationale. 

Que ce soit pour les magistrats, les associations qui interviennent dans ce genre de situation, comme le service d’insertion et de probation, il s’agit d’avoir un outil de plus à disposition. On peut citer des suivis individualisés, ou encore, sur le ressort du tribunal de Vienne depuis quelques mois, deux appartements dits d’éviction du conjoint violent.

Des séjours d’environ 3 mois décidés par un magistrat

La durée de séjour dans ce centre est fixée à environ 3 mois et c’est un magistrat qui décidera qui y vivra. Il peut s’agir d’individu en attente d’un procès ou déjà condamné“C’est intéressant aussi car c’est une alternative à la détention. On a à peu près 70% des auteurs qui sont encore en emploi (…) Les punir, oui, mais si derrière ils perdent leur emploi, on sait très bien que derrière ils vont se dé-sociabiliser”, fait remarquer Caroline Abadie.

Sur les quelque 300.000 euros de budget annuel -entre la location d’une maison, les interventions des professionnels comme les éducateurs, les psychologues – si ce projet est retenu, les deux-tiers seront pris en charge par l’Etat. Les personnes hébergées devront aussi participer mais il reste aujourd’hui 80.000 euros à trouver. La députée espère un engagement des collectivités locales ou encore de fondations. Pour l’instant, aucun lieu d’implantation n’est arrêté.

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