Actus Locales
Le 07-10-21

Dé cérémonie en cérémonie

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Chers amis,

 

De cérémonie en cérémonie, on se demande parfois si tous ces jours fériés, toutes ces gerbes posées le dimanche dans la plus grande indifférence de nos concitoyens ont encore un sens.
J’en ai posé 36 en 4 ans.

 

La dernière, le 24 septembre, en mémoire aux Harkis. La veille pendant plus d’une heure de réunion de section de la FNACA, un ancien de la guerre d’Algérie lâcha soudainement la haine qu’il avait eu envers le gouvernement en 1962. Celui qui, quittant l’Algérie indépendante, laissait derrière lui des milliers de Harkis. Ces combattants d’origine algérienne avaient acheté la promesse républicaine plutôt que celle d’une Algérie libérée du pays colon. Choix difficile. Vus comme des traîtres par leurs voisins, amis, cousins, ils ne furent pas pour autant accueillis en héros par la nation qu’ils s’étaient choisie, bien au contraire.
Ce monsieur, plus âgé que mon père, me jetait un regard noir, affichant une défiance qui ne l’a pas quitté depuis 60 ans, contre les gouvernements en général, contre celui du Général de Gaulle en particulier. Il en voulait aux bureaucrates.

 

Bien que ce soit évident, je lui ai rappelé mon âge et l’incompréhension que je partageais avec lui qu’en 1962, la France, pays des droits de l’Homme sortant pour les uns de l’occupation, pour les autres des camps nazis, n’ait su proposer d’autre choix aux Harkis que l’abandon aux mains de leurs compatriotes – et donc la mort certaine, étant considérés comme des « collabos » – ou, pour les plus chanceux, un accueil indigne et une vie de misère dans des camps de regroupement ici.
Je regrette de ne pas avoir eu la présence d’esprit de préciser (ce qui peut arriver régulièrement quand vous avez 50 paires d’yeux braqués sur vous) que cette erreur de 1962, dont on ne peut expliquer l’origine autrement que par le racisme, monnaie courante à l’époque, avait donné à réfléchir à tous les gouvernements suivants.
Aujourd’hui en 2021, j’aimerais qu’on ne se définisse plus par une couleur, une origine ou une religion mais par une aspiration commune pour les valeurs de l’universalisme et de la démocratie. D’autre part, je pense qu’il est primordial que, non seulement, nous réparions les erreurs mais aussi que nous ne les reproduisions plus.
Pour un président plus jeune que moi, né en 1977, cela se traduit par la volonté d’accorder réparation, au nom de la France, aux Harkis et à leurs descendants.
Chose faite le 20 septembre dernier après un travail entrepris depuis 2017 par certains de mes collègues du Sud et le Gouvernement.

 

Faire des erreurs de cette nature est grave mais l’essentiel est surtout de ne pas les reproduire ! Et ça, j’aurais voulu le dire à ces messieurs qui pensaient encore à leurs frères d’armes abandonnés sur le champ de bataille.
Négocié avec les Talibans par Donald Trump, confirmé en avril dernier par Joe Biden, le retrait des troupes américaines en Afghanistan au plus tard en septembre était inéluctable. La France a depuis juillet 2021 commencé le rapatriement des Français sur place bien sûr, mais aussi de tous les Afghans ayant soutenu les troupes occidentales dans leurs vaines opérations d’installation d’un régime démocratique, ainsi que ceux qui ont aidé les organisations humanitaires. Ils sont plus de 2600 à avoir été accueillis en France grâce à l’opération Apagan. Notre mobilisation se poursuit pour exfiltrer ceux qui n’ont pu s’échapper à temps. D’autres encore préféreront aller ailleurs… Aux États-Unis peut-être ?
Il faut saluer cette décision du Président Macron qui s’expose ainsi à la critique des extrêmes de tous bords. On lui reprochera facilement d’accepter une immigration « débridée » (les mots du RN, fallait oser). D’autres, en revanche, accuseront la France de fermer trop hermétiquement ses frontières. Pour ma part, je n’ai pas l’habitude de juger sans éléments objectifs, et ces chiffres parlent d’eux-mêmes.
Cependant, s’agissant des Afghans ayant vécu à proximité des Talibans et potentiellement d’Al Al-Qaïda, hébergée par les Talibans depuis 2001, il est peut-être utile de préciser qu’il a été procédé aux vérifications qui s’imposent pour la sécurité de notre pays.

 

J’ai eu le privilège de lire un message envoyé depuis l’un de ces avions militaires français, qui sans relâche dans une course effrénée contre la montre ont évacué des personnes en danger de mort de leur propre pays pour avoir espéré l’installation d’une deuxième démocratie au Moyen-Orient, après celle qui avait vu le jour avec l’indépendance de la République d’Arménie, dont nous avons fêté les 30 ans le 21 septembre dernier. Ce message disait à une ancienne sénatrice LaREM ayant personnellement œuvré pour ce rapatriement massif : « Chère Bariza, voici une photo sombre mais joyeuse. Merci beaucoup. 88 personnes vivantes vous doivent beaucoup ». Cette photo est en effet sombre mais on devine l’intérieur d’un avion militaire, sans siège et des personnes en tous sens assises en tailleur.
En pensant aux Harkis qui n’ont pas eu cette chance, les larmes coulent forcément. On pourra donc me reprocher les erreurs du gouvernement de 1962 mais pas mon manque d’empathie.

 

Alors de cérémonie en cérémonie, de l’indifférence de concitoyens, l’histoire résonne mais heureusement ne se répète pas toujours.
Elle laisse des points d’interrogation immenses sur les choix des Hommes et alors, aussi grands fussent-ils. Elle laisse des cicatrices béantes dans la chaîne d’êtres humains.

 

Caroline ABADIE,
Votre députée

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