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LA PIZZA DE LA DISCORDE

Le 3 août, on trouvait insupportable la température des cellules des Baumettes. 15 jours plus tard, c’était choquant de voir une piscine à Fresnes.

Certains font la girouette et perdent le nord. Collectivement, nous devrions sur le sujet des prisons garder le cap pour ne tomber dans aucun excès. On l’a vu par le passé, les coups de volants soudains, à droite comme à gauche amènent souvent plus de problèmes que de solutions. Les peines plancher par exemple ont mécaniquement fait gonfler les effectifs en détention, allant à l’encontre du principe de l’individualisation de la peine, qui garantit une peine plus juste et de meilleures chances de réinsertion. A l’inverse, les remises de peines automatiques n’incitaient pas le détenu à bien se comporter en détention. Loin de l’idéologie, c’est ce que je retiens de mes auditions auprès des professionnels du monde carcéral.

J’ai aussi compris que le sujet est délicat pour les politiques, car il est difficile d’expliquer pourquoi investir dans la prison, pourquoi améliorer les conditions de détention, pourquoi fournir des activités aux détenus. C’est rarement populaire, pourtant c’est une condition sine qua non d’insertion, donc de lutte contre la récidive, et par conséquent de sécurité pour la société.

Ce n’est pas être laxiste que de dire « il faut des activités en détention » ! Il faut de l’éducation nationale et de la formation professionnelle car 75% des détenus ont un niveau CAP ou inférieur. Au passage, je rappelle que depuis que la compétence formation professionnelle a échue aux régions, le taux de détenus en bénéficiant est passé de 40% à moins de 13% aujourd’hui (la chute est bien pire si on regarde notre belle région Auvergne-Rhône-Alpes). Mais je l’ai dit, ce n’est pas populaire d’investir dans nos prisons.

Il faudrait évidemment que le détenu travaille en détention. Si nous avons pu, grâce aux entreprises engagées et une volonté politique forte (création du statut travailleur détenu, de l’Agence de Travaux d’Intérêt Général et de l’Insertion Professionnelle, du label Produit en Prison …) augmenter le travail en détention de 4%, il faut faire d’avantage car ils ne sont que 30% à travailler derrière les barreaux.

Il faut aussi des activités physiques et culturelles. Certaines peuvent surprendre : yoga, boxe, cheval, peinture, théâtre, etc. L’essentiel étant que ces activités apportent quelque chose d’utile à la réinsertion.

Malheureusement, là aussi, les activités sont trop rares. Par exemple, seuls 10 détenus de Fresnes font du yoga parmi les 1900 détenus.

Au final, les détenus passent la majeure partie de leur temps en cellule avec un ou 2 codétenus dans des conditions difficiles, particulièrement en période de canicule. D’où l’importance de poursuivre nos efforts sur le bâti : construire 15000 places nettes en 10 ans et entretenir le parc immobilier existant qui se dégradent extrêmement vite compte de la surpopulation carcérale systémique et ancienne.

Le monde carcéral, secret par essence, se dévoile à coup de projecteurs, à chaque polémique inquisitrice. Le politique s’indigne du karting ou des rats selon son bord. A quelques semaines de leurs élections, il perd le nord quand les syndicats le font tourner en girouette. La vie quotidienne des prisons sera donc empêchée jusqu’en décembre, à coup de communiqués de presse des syndicats. La prison de Saint-Quentin-Fallavier a été privée de pizza pour ses 30 ans. Il m’avait semblé que les conditions de travail des personnels pénitentiaires étaient difficiles, mais si ce sont les pizzas qui posent problème…