Lien de la newsletter du mois d’avril

Chers amis,
Le 7 janvier 2015, quand j’ai appris l’attentat de Charlie hebdo et l’assassinat de femmes et d’hommes dont les seules armes étaient le crayon et le rire, j’ai pleuré. Comme nous tous je pense.
Cette semaine-là, tout s’est accéléré, l’Hypercacher, la cavale, les prises d’otage et le courage immense de nos forces de l’ordre qui ont mis fin à la tuerie. Quelques mois plus tard, à un kilomètre de l’école de mes enfants, un chef d’entreprise était décapité. Malheureusement l’année 2015 ne s’est pas mieux finie qu’elle n’avait commencé.
Depuis, nous avons pris la mesure de cette menace qui s’est transformée. Pour monter ces opérations de grande envergure, il fallait il y a encore à peine quelques années le soutien de forces extérieures, la constitution d’un commando entrainé et armé. Désormais, un déséquilibré radicalisé seul derrière son écran, alimenté par des sites internet haineux, peut décider d’assassiner une policière.
Je pense à Stéphanie Monfermé. Je pense à toutes les victimes du terrorisme. Je pense à leurs familles et à leurs proches qui pleurent dignement nos disparus.
Le temps de l’insouciance s’est arrêté en 2015. Pour d’autres, il s’était arrêté en 2001.
Prendre la mesure de la menace, ce n’est pas expulser tous les étrangers de France. D’abord, parce que les assassins étaient souvent français ; ensuite, parce que beaucoup étaient en situation régulière, comme l’était l’assassin du Professeur Paty.
Prendre la mesure de la menace, ce n’est donc pas renier notre Etat de Droit : ne renier ni les règles pour expulser qui ont d’ailleurs évolué et qui ont permis d’expulser et d’éloigner plus de 27 000 personnes en 2019, contre 20 000 en 2016, ni le droit d’asile qui a fait de la France la patrie des Droits de l’Homme.
Prendre la mesure de la situation, c’est combattre ce qui fait qu’un individu, intellectuellement peu musclé, puisse passer à l’acte, simplement armé d’un couteau. La régulation des réseaux sociaux, la fermeture des lieux d’endoctrinement et le contrôle du financement des lieux d’éducation, d’association, de religion ; le renforcement des règles pour un meilleur respect de la laïcité dans les services publics, la formation, l’aide au développement des pays pauvres …
C’est aussi bien sûr combattre le mal à la racine. Ce que font nos services de renseignements territoriaux qui œuvrent sans relâche à déjouer sur le sol national les projets d’attentats qui se chiffrent à plusieurs dizaines chaque année.
Répondre à un problème aussi complexe que le terrorisme par une réponse, aussi simpliste que l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, est une insulte à l’intelligence de nos concitoyens. Les problèmes complexes prennent plus de temps à se traiter, car ils nécessitent une réponse à long terme. Il faut avoir le courage et peut-être aussi l’honnêteté de l’admettre et de le dire.
Et puis surtout, ce lien entre immigration et terrorisme est nauséabond. C’est en fait du racisme, purement et simplement.
A l’heure de la plus grande crise que notre génération aura connue, cette crise sanitaire dont on peut commencer à voir le bout, cumulée à cette menace terroriste présente depuis 6 ans sur notre territoire, il serait dangereux de céder aux chants des sirènes qui en 1930 avaient conduit une partie des hommes à perdre ce qu’ils avaient de plus précieux : leur humanité.
Il faut pleurer nos morts et se recueillir.
Ensuite il faut raisonner mais se garder de faire de faux syllogismes. Tous les immigrés ne sont pas clandestins et tous les immigrés clandestins ne sont pas des terroristes.
Enfin, dans la période que nous vivons où nous n’avons plus la maîtrise de nos vies, de nos agendas, de nos déplacements, où les frustrations se sont empilées les unes sur les autres, plutôt que le repli sur soi et la haine de l’étranger, qui a beau être vieille comme le monde, mais qui reste totalement inutile, je recommanderai plutôt une dose d’espoir et un rappel d’air frais.
Alors que le gouvernement annonçait en janvier, que 15 millions de personnes seraient vaccinées d’ici l’été, ce sont déjà 15 873 161 personnes qui, en ce début mai, ont déjà reçu leur première dose. Toutes auront reçu leur deuxième dose avant fin juin. Voilà une bonne raison de retrouver son optimisme.
Et nos terrasses, nos salles, nos musées vont rouvrir progressivement. Il nous faudra rester vigilants et responsables, les variants nous guettent, mais autant que nos restaurateurs ont besoin de nous, nous avons besoin d’eux. Une autre raison de ne pas se replier sur nous !
Votre députée,
Caroline Abadie